Vous avez été victime ?

Fraude bancaire : comment obtenir le remboursement que la loi vous doit

Par Ethan, Analyste cyber-fraude · spécialiste ingénierie sociale 8 min de lecture
Personne examinant des relevés bancaires et une carte de paiement posés sur un bureau
En bref

L'article L133-18 du code monétaire et financier oblige votre banque à rembourser immédiatement une opération de paiement non autorisée. Elle ne peut refuser qu'en démontrant une négligence grave de votre part, et c'est à elle d'en apporter la preuve. Le 23 octobre 2024, la Cour de cassation a jugé qu'un client trompé par un faux conseiller appelant depuis le numéro de sa banque ne commet aucune négligence grave, même s'il a validé lui-même les virements. Contestez par écrit, citez ce texte et cet arrêt, et exigez que tout refus soit motivé.

Le principe que beaucoup de victimes ignorent

Commençons par la bonne nouvelle, celle que personne ne vous dira spontanément au guichet : la loi part du principe que vous devez être remboursé.

L'article L133-18 du code monétaire et financier prévoit qu'en cas d'opération de paiement non autorisée, signalée par l'utilisateur, la banque rembourse le montant immédiatement, et au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant. Elle rétablit le compte dans l'état où il se serait trouvé si l'opération n'avait pas eu lieu.

Rembourser d'abord, discuter ensuite : c'est l'esprit du texte. Une banque qui vous répond que le dossier « va être étudié » pendant plusieurs semaines ne respecte pas cette logique. Vous n'avez pas à prouver votre bonne foi pour déclencher ce remboursement.

Il existe une exception, et une seule qui compte vraiment. C'est la négligence grave. C'est tout l'enjeu, et c'est là que la plupart des refus se jouent.

La négligence grave, et à qui il revient de la prouver

La banque peut refuser le remboursement si elle démontre que vous avez commis une négligence grave dans la protection de vos données de sécurité personnalisées.

Le mot important est démontre. Ce n'est pas à vous de prouver que vous avez été prudent. C'est à la banque de prouver que vous ne l'avez pas été. Cette répartition change tout, parce qu'en pratique beaucoup d'établissements inversent la charge et demandent à la victime de justifier son comportement.

Si l'on vous oppose un refus, la question à poser est donc simple et redoutable : sur quels éléments précis la banque établit-elle une négligence grave de ma part ? Posez-la par écrit. Un refus qui ne repose que sur le fait que vous avez communiqué un code ne suffit pas, et la Cour de cassation l'a dit clairement.

L'arrêt du 23 octobre 2024, en clair

La chambre commerciale de la Cour de cassation a rendu le 23 octobre 2024 une décision publiée au bulletin, sous le numéro de pourvoi 23-16.267. Elle concerne exactement la situation qui nous occupe.

Un client d'une grande banque avait été appelé par un faux conseiller. Le numéro affiché sur son téléphone était celui de sa banque. Mis en confiance, il avait validé lui-même plusieurs virements, pour un total de 54 500 euros. La banque refusait de rembourser, en invoquant la négligence grave.

La Cour de cassation a rejeté le pourvoi de la banque. Elle a jugé qu'aucune négligence grave n'est caractérisée lorsque l'escroc utilise un numéro identique à celui de la banque et, se faisant passer pour un employé, conduit le client à croire que l'opération est sécurisée. Elle a rappelé qu'il incombe au prestataire de services de paiement de prouver la négligence grave de son client.

Autrement dit : être trompé par un dispositif conçu pour être indétectable n'est pas une faute.

Ce que votre banque ne peut plus vous opposer

Cette décision rend caduques plusieurs arguments encore entendus au guichet.

« Vous avez validé l'opération vous-même » ne suffit pas, puisque c'est précisément ce qui s'était passé dans l'affaire jugée. « Vous avez communiqué un code » ne suffit pas davantage, dès lors que la communication a été obtenue par une mise en scène crédible. « Vous auriez dû vérifier » ne suffit pas non plus quand le numéro affiché était celui de la banque.

Ce que la banque doit démontrer, c'est un manquement caractérisé de votre part, apprécié au regard des circonstances concrètes. Le fait d'avoir cru un interlocuteur qui disposait de vos informations et appelait depuis le numéro de votre agence n'entre pas dans cette catégorie.

Soyons honnêtes : ce qui reste une négligence grave

Il serait malhonnête de vous laisser croire que tout est remboursé dans tous les cas. Deux situations restent défavorables.

La première est celle du client qui a manifestement ignoré des alertes explicites, ou qui a transmis ses identifiants en dehors de toute mise en scène, par simple inattention répétée. L'appréciation reste au cas par cas.

La seconde est plus fréquente et souvent mal comprise. Si vous avez vous-même payé un vendeur sur un faux site de vente, l'opération est juridiquement autorisée : vous vouliez la faire. Ce n'est pas une opération non autorisée au sens de l'article L133-18, et le remboursement suit une autre voie, celle du recours pour marchandise non livrée, plus incertaine. La distinction est technique mais elle décide de tout, alors identifiez bien votre cas avant d'engager vos démarches.

Les délais, à ne pas laisser filer

Vous disposez de treize mois à compter de la date de débit pour contester une opération non autorisée, si votre banque est située dans l'Espace économique européen. Ce délai tombe à soixante-dix jours si le prestataire est situé hors de cette zone.

Treize mois, c'est confortable, mais ne vous en servez pas comme d'une excuse pour attendre. Plus vous signalez tôt, plus les chances de bloquer les fonds avant leur dispersion sont réelles. Les premières heures comptent pour l'argent, les treize mois comptent pour le droit.

Signalez donc immédiatement par téléphone pour obtenir le blocage, puis formalisez votre contestation par écrit dans les jours qui suivent. L'oral ne laisse aucune trace utile.

Les démarches, dans l'ordre

Premièrement, appelez votre banque, faites bloquer la carte ou le compte, et demandez la mise en opposition. Notez l'heure de l'appel et le nom de votre interlocuteur.

Deuxièmement, envoyez une contestation écrite, en recommandé avec accusé de réception ou via la messagerie sécurisée de votre espace client. Mentionnez explicitement l'article L133-18 et demandez le remboursement dans les délais légaux.

Troisièmement, déposez plainte. Pour une escroquerie commise par internet ou par téléphone, utilisez THESEE. Pour une fraude à la carte bancaire alors que vous détenez toujours votre carte, utilisez Perceval. Pour un SMS frauduleux, transférez-le au 33700. En cas de doute sur le bon interlocuteur, 17Cyber vous oriente.

Une précision qui fait gagner des semaines : Pharos ne traite pas les escroqueries, uniquement les contenus illicites. C'est l'erreur d'aiguillage la plus fréquente parmi les personnes qui nous écrivent.

Comment formuler votre contestation

Restez factuel et court. Une lettre efficace tient en dix lignes et contient cinq éléments.

  • La liste des opérations contestées : date, montant, bénéficiaire si connu.
  • La mention explicite qu'il s'agit d'opérations non autorisées.
  • La référence à l'article L133-18 du code monétaire et financier et la demande de remboursement immédiat.
  • Le rappel qu'il appartient à la banque de démontrer une éventuelle négligence grave, en citant l'arrêt de la Cour de cassation du 23 octobre 2024, pourvoi n° 23-16.267.
  • La demande que tout refus soit motivé par écrit.

Ce dernier point est le plus utile de tous. Un refus écrit et motivé est exploitable devant le médiateur puis devant un juge. Un refus oral ne vaut rien pour vous, et tout pour la banque.

Si la banque refuse quand même

Un refus n'est pas la fin du dossier, c'est une étape. Beaucoup de victimes s'arrêtent là, à tort.

Saisissez d'abord le médiateur bancaire de votre établissement. La démarche est gratuite, elle se fait en ligne, et elle suppose seulement que vous ayez d'abord écrit au service client et essuyé un refus. Joignez votre contestation, la réponse de la banque et le récépissé de plainte.

Si la médiation échoue, la voie judiciaire reste ouverte. Pour les montants concernés, la procédure devant le juge des contentieux de la protection est accessible sans avocat obligatoire. Rappelons que dans l'affaire jugée en 2024, c'est la banque qui s'était pourvue en cassation après avoir perdu en appel, et qu'elle a perdu de nouveau.

Ce que nous observons dans les signalements

Le scénario du faux conseiller reste l'un des plus fréquents parmi les signalements que nous recevons, et il progresse quand une fuite de données vient de se produire.

Le ressort psychologique est détaillé dans notre article sur le faux conseiller bancaire, et les premières démarches générales dans notre guide victime d'une arnaque, que faire.

Un mot pour finir, parce qu'il compte plus que tout le reste. Si cela vous est arrivé, vous n'avez pas été naïf. Vous avez été confronté à une organisation professionnelle qui disposait de vos informations et d'un numéro usurpé. La Cour de cassation elle-même l'a reconnu. Ne laissez personne, pas même votre banque, vous faire porter cette responsabilité.

Avant le prochain appel

Le numéro qui vous appellera a peut-être déjà été signalé

Les mêmes numéros et les mêmes faux sites servent des milliers de fois avant d'être coupés. Sur Stop Arnaque, chaque signalement rend le suivant repérable : vérifier un numéro prend dix secondes, et notre extension navigateur affiche une alerte impossible à rater dès que vous arrivez sur une page déjà dénoncée par d'autres.

L'alerte sur les sites signalés est gratuite. La protection étendue · analyse de l'expéditeur des e-mails, déjà active sur Gmail · est incluse dans le Premium · 2,99 €/mois (facturé à l'année) ou 5,99 €/mois sans engagement.

Vous avez été contacté par un faux conseiller ? Signalez le numéro en 2 minutes · c'est ce qui permet aux suivants de le reconnaître à temps.

À retenir

  • L'article L133-18 impose le remboursement immédiat d'une opération non autorisée, avant toute discussion sur les responsabilités.
  • C'est à la banque de prouver votre négligence grave, jamais à vous de prouver votre prudence.
  • Cass. com. 23 octobre 2024, n° 23-16.267 : être trompé par un faux conseiller appelant depuis le numéro de la banque n'est pas une négligence grave.
  • Contestez toujours par écrit et exigez que tout refus soit motivé : un refus oral ne vous sert à rien devant le médiateur.

Questions fréquentes

Ma banque dit que j'ai validé l'opération moi-même, puis-je quand même être remboursé ?

Oui, cet argument ne suffit pas à lui seul. Dans l'affaire jugée par la Cour de cassation le 23 octobre 2024, le client avait lui-même validé plusieurs virements pour 54 500 euros, sous l'influence d'un faux conseiller appelant depuis le numéro de sa banque. La Cour a jugé qu'aucune négligence grave n'était caractérisée et a rejeté le pourvoi de la banque.

Combien de temps ai-je pour contester une opération frauduleuse ?

Treize mois à compter de la date de débit si votre banque est située dans l'Espace économique européen, et soixante-dix jours si le prestataire est hors de cette zone. N'attendez pas pour autant : le signalement immédiat augmente les chances de bloquer les fonds avant qu'ils ne soient dispersés.

Que faire si ma banque refuse de rembourser ?

Exigez un refus écrit et motivé, puis saisissez le médiateur bancaire de votre établissement. La démarche est gratuite et se fait en ligne, après avoir écrit au service client. Joignez votre contestation, la réponse de la banque et le récépissé de plainte. Si la médiation échoue, la voie judiciaire reste ouverte.

J'ai payé sur un faux site de vente, est-ce la même chose ?

Non, et la distinction est importante. Si vous avez volontairement payé un vendeur, l'opération est juridiquement autorisée, même si le site était frauduleux. L'article L133-18 ne s'applique pas de la même façon. Le recours passe alors par la contestation pour marchandise non livrée auprès de votre banque, et par un signalement sur SignalConso.

Dois-je déposer plainte avant de contester auprès de ma banque ?

Ce n'est pas obligatoire pour déclencher la contestation, mais c'est fortement recommandé et souvent demandé par la banque. Déposez plainte sur THESEE pour une escroquerie par internet ou téléphone, ou utilisez Perceval pour une fraude à la carte bancaire quand vous détenez toujours votre carte. N'utilisez pas Pharos, qui ne traite pas les escroqueries.

📢 Cet article peut aider un proche · partagez-le
Facebook X LinkedIn Envoyer à un ami
Recevez nos alertes en priorité dans vos résultats Google Ajouter en tant que source préférée sur Google
← Retour au blog