Vous avez été victime ?

Victime d'une arnaque : quoi faire dans l'ordre, et ce que la loi vous doit

Par Ethan, Analyste cyber-fraude · spécialiste ingénierie sociale 10 min de lecture
Personne assise devant un ordinateur portable, le visage dans les mains
En bref

Dans l'ordre : coupez le contact, appelez votre banque en employant les mots « opération de paiement non autorisée », figez les preuves, puis signalez au bon endroit (THESEE pour la plainte en ligne, Perceval pour une fraude à la carte, 33700 pour un SMS, et surtout pas Pharos qui ne traite pas les escroqueries). L'article L133-18 du code monétaire et financier oblige votre banque à vous rembourser une opération non autorisée, et c'est à elle de prouver votre négligence grave, pas l'inverse. Vous avez treize mois pour contester.

Si vous lisez ces lignes juste après avoir compris ce qui venait de se passer, prenez d'abord une seconde. Ce que vous ressentez en ce moment · le ventre noué, l'envie de relire dix fois les messages pour trouver le moment où vous auriez dû voir, la honte qui monte · fait partie du mécanisme. Vous n'êtes ni naïf, ni seul. Dans les signalements que je traite chaque jour, je lis des dossiers d'ingénieurs, de comptables, de juristes, de gens qui géraient leurs affaires sans accroc depuis quarante ans. Ce qui compte maintenant, ce n'est pas de comprendre comment vous avez pu. C'est la suite, et elle a un ordre précis.

Pourquoi les premières heures comptent plus que le reste

Un virement ne part pas instantanément. Selon le circuit utilisé, il existe presque toujours une fenêtre pendant laquelle l'opération peut encore être rappelée ou gelée, et cette fenêtre se compte en heures, pas en jours. Passé ce délai, l'argent a généralement transité par un compte relais, souvent au nom d'une personne elle-même recrutée sous un faux prétexte de job à domicile, puis a été converti et dispersé.

Cela ne veut pas dire que tout est perdu si vous réagissez le lendemain. Cela veut dire que l'ordre des étapes n'est pas un détail de confort. Chaque heure gagnée sur le premier appel augmente vos chances, et rien d'autre dans cette liste n'a le même effet. Le reste peut attendre l'après-midi. Pas l'appel à la banque.

Étape 1 · Coupez le contact, sans chercher à comprendre

Le réflexe naturel est de rappeler, d'écrire, de demander des explications, parfois d'exiger un remboursement. C'est exactement ce sur quoi comptent les escrocs. Tant que le dialogue reste ouvert, ils disposent d'un levier pour obtenir un versement supplémentaire, presque toujours présenté comme la condition du déblocage de votre argent : des frais de dossier, une caution, une taxe, une commission bancaire.

Coupez donc tout, d'un coup et sans annonce. Bloquez le numéro, l'adresse e-mail, le profil. Si vous avez communiqué un mot de passe, changez-le immédiatement, et surtout changez-le sur tous les autres services où vous l'utilisiez aussi. Si vous avez installé un logiciel à leur demande, notamment un outil de prise en main à distance, désinstallez-le et redémarrez l'appareil avant toute connexion bancaire.

Étape 2 · Appelez votre banque, et employez les bons mots

Composez vous-même le numéro figurant au dos de votre carte, jamais un numéro reçu par message. Et là, une formulation compte plus que tout le récit que vous aurez envie de faire. Ne dites pas « j'ai été victime d'une arnaque ». Dites : « je conteste une opération de paiement non autorisée au titre de l'article L133-18 du code monétaire et financier ».

Ce n'est pas une formule magique, c'est une qualification juridique. La première phrase oriente votre appel vers une réclamation commerciale traitée au bon vouloir de l'agence. La seconde déclenche une procédure encadrée par la loi, avec des délais opposables et une charge de la preuve définie. Demandez ensuite systématiquement un numéro de dossier et une confirmation écrite de votre contestation, par courriel ou via la messagerie sécurisée de votre espace client. À l'oral, rien n'existe.

Ce que la loi vous doit, et qu'on ne vous rappellera pas spontanément

C'est la partie que presque personne ne connaît, et c'est la plus importante de cet article. L'article L133-18 du code monétaire et financier prévoit qu'en cas d'opération de paiement non autorisée, la banque rembourse le payeur immédiatement, et au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant le signalement. Elle doit rétablir le compte dans l'état où il se serait trouvé sans l'opération, frais bancaires provoqués par le débit compris.

Deux exceptions seulement lui permettent de refuser : un soupçon de fraude de votre part, qu'elle doit signaler par écrit à la Banque de France, ou la démonstration d'une négligence grave de votre part. Retenez bien la mécanique : c'est à la banque de prouver cette négligence, ce n'est jamais à vous de prouver que vous avez été prudent. Un refus non motivé par écrit n'a aucune valeur, et le retard de remboursement fait courir des intérêts au taux légal majoré.

Le délai de contestation est bien plus long qu'on ne le croit

Beaucoup de victimes renoncent en se disant qu'elles ont trop tardé. C'est faux dans l'immense majorité des cas. Pour une opération réalisée dans l'Espace économique européen, vous disposez de treize mois à compter de la date du débit pour la contester. Le délai descend à soixante-dix jours pour les opérations hors EEE, que votre contrat peut porter à cent vingt jours.

Concrètement, quelqu'un qui découvre en mars un prélèvement frauduleux de septembre est encore parfaitement dans les temps. Ce point est décisif pour les fraudes à petits montants répétés, celles qu'on ne remarque qu'en épluchant ses relevés plusieurs mois plus tard. Reprenez vos douze derniers relevés ligne par ligne : dans les dossiers que je vois, une carte compromise sert rarement une seule fois.

Étape 3 · Figez les preuves avant qu'elles ne disparaissent

Les sites d'arnaque vivent quelques semaines, les profils sont supprimés, les conversations s'effacent. Ce que vous ne capturez pas aujourd'hui n'existera plus quand on vous le demandera. Prenez le temps de rassembler, dans un dossier unique sur votre ordinateur :

  • Des captures d'écran complètes de l'annonce, du site, du profil et de la conversation, en veillant à ce que l'adresse du site et les dates soient lisibles à l'image.
  • Les références exactes des paiements : date, heure, montant, bénéficiaire tel qu'il apparaît sur le relevé, et l'IBAN si vous l'avez.
  • Les identifiants de contact : numéro de téléphone, adresse e-mail, pseudo, lien du profil, adresse complète du site.
  • Les e-mails d'origine, conservés tels quels et non transférés, car les en-têtes techniques contiennent des informations que le transfert détruit.

Étape 4 · Signalez, mais au bon endroit

C'est ici que se produit l'erreur la plus fréquente, et elle fait perdre des semaines. Chaque plateforme publique a un périmètre strict, et un signalement déposé au mauvais endroit n'est pas réorienté, il est simplement classé sans suite.

  • THESEE est la plateforme de plainte en ligne pour les e-escroqueries : faux site de vente, arnaque sentimentale, piratage de messagerie, chantage en ligne. C'est le canal principal pour la plupart des arnaques en ligne, et il évite le déplacement au commissariat.
  • Perceval concerne les fraudes à la carte bancaire lorsque vous êtes toujours en possession de votre carte. Le signalement ne déclenche pas le remboursement, qui reste du ressort de la banque, mais il alimente les enquêtes et constitue une pièce utile à votre dossier.
  • SignalConso vise les litiges avec une entreprise identifiée : pratique commerciale trompeuse, produit non conforme, non-livraison. C'est la DGCCRF, donc l'outil adapté aux boutiques en ligne douteuses mais officiellement immatriculées.
  • Le 33700 traite les SMS et appels frauduleux. Transférez le message tel quel, sans commentaire, puis renvoyez le numéro de l'expéditeur quand le service vous le demande. Les opérateurs coupent les numéros signalés.
  • 17Cyber sert de guichet d'orientation quand vous ne savez pas où aller : un diagnostic en ligne identifie la menace et vous renvoie vers le bon interlocuteur.
  • Pharos ne traite pas les escroqueries. Cette plateforme est réservée aux contenus illicites publics comme l'apologie du terrorisme ou les appels à la haine. Y déposer un signalement d'arnaque n'aboutira à rien.

Et signalez le site ou le numéro sur Stop Arnaque. C'est anonyme, cela prend deux minutes, et c'est ce qui permet à la personne qui tombera sur la même annonce la semaine prochaine d'être prévenue à temps.

Étape 5 · Portez plainte, même si vous n'y croyez pas

« Ça ne sert à rien, ils ne retrouveront jamais l'argent. » Je lis cette phrase presque tous les jours, et elle passe à côté de deux usages très concrets. Le premier est administratif : le récépissé de plainte vous sera réclamé par votre banque et par votre assurance dans le cadre du dossier de remboursement, et son absence est un motif de blocage classique.

Le second est statistique. Les réseaux d'escroquerie ne tombent jamais sur un dossier isolé, ils tombent sur l'accumulation. Une plainte seule pèse peu ; deux cents plaintes visant le même IBAN déclenchent une enquête. Votre dépôt n'a peut-être pas d'effet pour vous, il en a un pour l'ensemble. La plainte est gratuite, ne peut vous être refusée, et se dépose en ligne sur THESEE pour les e-escroqueries.

Si votre banque refuse de rembourser

Un refus n'est pas la fin de la procédure, c'en est une étape. Exigez d'abord le refus par écrit et motivé : la banque doit indiquer précisément en quoi consisterait votre négligence grave. Cette exigence seule fait revenir un certain nombre de dossiers, parce qu'un motif écrit engage.

Saisissez ensuite le service réclamations de l'établissement, puis le médiateur bancaire, gratuit et dont les coordonnées figurent sur vos relevés. Ce recours est trop peu utilisé alors qu'il aboutit régulièrement. Enfin, la jurisprudence a nettement évolué en faveur des victimes : dans son arrêt du 23 octobre 2024 (pourvoi n° 23-16.267), la Cour de cassation a jugé qu'un client piégé par un faux conseiller utilisant le vrai numéro de la banque ne commet pas de négligence grave, y compris lorsqu'il a validé lui-même les opérations. Des arrêts du 12 juin 2025 ont confirmé cette orientation protectrice. Mentionner cette décision dans votre courrier n'est pas anodin.

Méfiez-vous de la deuxième vague

C'est le piège le plus cruel, et il touche des gens déjà éprouvés. Dans les semaines qui suivent, il est fréquent d'être recontacté par un « cabinet de recouvrement », un « service d'indemnisation » ou un faux enquêteur qui affirme avoir localisé vos fonds et propose de les récupérer contre des frais de dossier.

C'est une seconde arnaque, montée par les mêmes réseaux ou par des acheteurs de leurs listes. Une personne déjà escroquée vaut cher sur ce marché, parce qu'elle est identifiée, solvable et motivée. La règle est absolue et sans exception : aucun organisme légitime ne demande un paiement d'avance pour vous restituer de l'argent. Ni la police, ni un tribunal, ni une banque, ni un avocat sérieux.

Prendre soin de vous n'est pas la partie accessoire

C'est l'aspect le plus systématiquement sous-estimé, y compris par les proches. Une arnaque n'est pas seulement une perte d'argent, c'est une trahison de la confiance, et beaucoup de victimes décrivent des semaines de sommeil haché, de rumination et d'isolement. La honte pousse au silence, et le silence aggrave tout.

Parlez-en à quelqu'un. La ligne France Victimes, au 116 006, est gratuite, confidentielle et accessible sept jours sur sept ; elle offre un accompagnement psychologique et juridique. Info Escroqueries, au 0 805 805 817, répond aux questions pratiques sur les démarches. Et si vous préférez un échange neutre, à votre rythme et sans regard, notre assistant Cybergardien peut vous guider pas à pas.

Une dernière chose. Vous avez cherché de l'information, vous êtes allé au bout de cet article, vous allez passer des appels désagréables. C'est précisément ce qu'il fallait faire, et beaucoup n'y arrivent pas. Ce n'est pas votre faute.

Pour ne pas revivre ça

La prochaine fois, l'alerte arrivera avant le paiement

Dans presque tous les dossiers que je traite, le site ou le numéro utilisé avait déjà été signalé par quelqu'un d'autre, parfois des semaines plus tôt. L'information existait, elle n'est simplement jamais arrivée jusqu'à la victime. C'est ce trou que notre extension navigateur comble : elle compare en temps réel le site que vous visitez à notre base de signalements et affiche une alerte impossible à rater avant que vous ne sortiez votre carte.

L'alerte sur les sites signalés est gratuite. La protection étendue · analyse de l'expéditeur des e-mails, déjà active sur Gmail · est incluse dans le Premium · 2,99 €/mois (facturé à l'année) ou 5,99 €/mois sans engagement.

Vous venez d'être victime ? Signalez le site ou le numéro en 2 minutes · c'est anonyme, et c'est ce qui permettra à quelqu'un d'autre d'être prévenu à temps.

À retenir

  • Employez les mots exacts « je conteste une opération de paiement non autorisée » : c'est la formule juridique de l'article L133-18, et elle déclenche une procédure différente d'une simple réclamation.
  • La charge de la preuve pèse sur la banque, pas sur vous. C'est à elle de démontrer une négligence grave pour refuser, et la Cour de cassation a jugé le 23 octobre 2024 qu'être piégé par un faux conseiller affichant le vrai numéro de la banque n'en est pas une.
  • Pharos ne traite pas les escroqueries, c'est l'erreur la plus répandue. Pour une arnaque en ligne, la plainte se dépose sur THESEE ; une fraude à la carte se signale sur Perceval ; un SMS frauduleux se transfère au 33700.
  • Vous avez treize mois pour contester une opération dans l'Espace économique européen. Il n'est donc presque jamais trop tard, même si vous avez mis des semaines à comprendre.

Questions fréquentes

Ma banque peut-elle refuser de me rembourser ?

Elle ne le peut que dans deux cas : si elle soupçonne une fraude de votre part, ou si elle prouve votre négligence grave. C'est à elle d'apporter cette preuve, pas à vous de démontrer votre prudence. Un refus formulé oralement, sans motivation écrite, ne vaut rien. Demandez systématiquement le refus par écrit avec son motif précis.

J'ai validé l'opération moi-même dans mon application bancaire, ai-je encore un recours ?

Oui. La Cour de cassation a jugé le 23 octobre 2024 (pourvoi n° 23-16.267) qu'un client manipulé par un escroc utilisant le vrai numéro de sa banque ne commet pas de négligence grave, même s'il a validé l'opération. La validation obtenue par manœuvre frauduleuse n'équivaut pas à une autorisation libre.

Combien de temps ai-je pour contester ?

Treize mois à compter de la date du débit pour une opération réalisée dans l'Espace économique européen. Ce délai tombe à soixante-dix jours pour les opérations hors EEE, extensible à cent vingt jours selon votre contrat. Agir vite reste préférable, mais un retard de quelques semaines ne vous prive pas de vos droits.

Porter plainte sert-il vraiment à quelque chose ?

Oui, pour deux raisons concrètes. Le récépissé est souvent réclamé par la banque et par l'assurance dans le cadre du dossier de remboursement. Et les plaintes déposées sur THESEE sont regroupées : c'est leur accumulation qui déclenche les enquêtes sur les réseaux, jamais un dossier isolé.

Quelqu'un me propose de récupérer mon argent contre une commission, est-ce sérieux ?

Non, dans la quasi-totalité des cas c'est une seconde arnaque qui vise les victimes de la première. Aucun organisme légitime ne demande un paiement d'avance pour récupérer des fonds. Les listes de victimes se revendent, et une personne déjà escroquée est considérée comme une cible de valeur.

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